Didier Millotte te fera voyager dès le prochain numéro à travers sa nouvelle série qui suivra les traces d’un jeune garçon kidnappé par un vieux pirate... Mais avant de te faire découvrir cette belle histoire, on a eu envie d'aller à la rencontre de Didier, auteur et dessinateur. Il a reçu avec Brunor le prix de la BD à Angoulême pour "Monsieur Vincent". Il créé régulièrement des BD pour Tournesol.

 Allez, faisons connaissance !

 

Alors, tu dessines depuis toujours ?

Depuis longtemps... Je me souviens de mes dessins à l'école primaire puis en 6e et mes premiers essais de BD au lycée qui plaisaient aux copains.

 

Peux-tu nous dire à quel âge tu as commencé à dessiner. Puis, à concevoir des bd ?

Je ne sais pas, c'est assez flou, ça s'est fait progressivement. Petit, je lisais beaucoup de BD comme Astérix, Alix, Blueberry, Les quatre Fantastiques... À l'adolescence, j'ai commencé à faire mes premières BD, des gags en une page, en noir et blanc.

 

As-tu toujours eu envie d’en faire ton métier ?

Pas quand j'étais jeune, je ne savais même pas que c'était un métier ! Je n'avais pas beaucoup de connaissances ni de repères ni trop d'accès à la culture. Je me souviens que je lisais Blueberry, « Spidey » et les « Strange » (des magazines de comics américains) quand j'étais enfant mais je n'avais pas conscience du métier que c'était. Ce n'est que très tardivement, vers 26 ans, que j'ai commencé à vouloir en faire mon métier, mais il fallait d'abord que j'apprenne sérieusement à dessiner. 

 

Y a-t-il eu une personne clé qui t’a donné envie de te lancer dans la bd ? 

Oui, à Besançon, dans le Doubs, où je vivais, j'ai rencontré un ami, André, qui avait fait des études aux Beaux-Arts, qui était passionné de BD et qui dessinait bien. Ça m'a vraiment fait un déclic. Comme j'avais du mal à trouver du travail et que je n'avais pas fait de grandes études, je me suis dit qu'il fallait que j'investisse mon temps et mon énergie dans ce que j'aimais le plus pour en faire le métier de toute ma vie. Puisque je devais travailler tous les jours pendant 40 ans, j’ai choisi quelque chose que j'aimais vraiment faire au quotidien. C'était la BD. Je n'avais pas conscience à l'époque de la difficulté que ça représentait d'apprendre ce métier, du temps que ça demanderait pour aboutir à un résultat satisfaisant. Je suis allé prendre des cours de dessin classique à l'école des Beaux-Arts de Besançon, j'ai eu un bon prof qui aimait le dessin. Il m'a beaucoup appris. J'ai découvert les nouveaux auteurs de BD comme Nicolas de Crécy, j'ai rencontré des étudiants qui sont devenus des copains... dix ans plus tard, environ, je publiais mon premier album de BD aux éditions Carabas, une histoire inspirée des « Mille et une nuits ». 

 

Pourquoi la Bd et pas autre chose ? 

Je ne saurais dire pourquoi... J'aurais bien aimé être chanteur de Rock ou guitariste de génie, je n'ai même pas essayé =) Peut-être que mes lectures d'enfance m'ont imprégné et façonné.

 

Qu’est-ce que tu aimes tout particulièrement dans la Bd ?

Le dessin, la narration et l'association des deux. J'aime beaucoup dessiner, j'ai fait beaucoup de dessin dans les rues, sur les terrasses. Et j'aime beaucoup inventer des histoires, écrire, construire un récit, trouver des idées, imaginer des personnages et des situations. J'aime beaucoup le potentiel qu'il y a dans la BD, les possibilités de graphismes différents, de récits différents, d'approches narratives différentes, la créativité et l'imagination. Et puis, c'est un métier qui me permet de travailler seul, chez moi, isolé dans ma bulle.

 

Tu dessines mais tu crées aussi tes propres scénarios. C’est d’ailleurs le cas pour ton album en cours.  Tu as aussi conçu des bd avec des scénaristes par le passé.  As-tu une préférence ? 

J'ai publié sept albums de BD à ce jour, trois que j'ai dessinés et scénarisés, deux que j'ai scénarisés pour un dessinateur chez Dupuis et deux que j'ai dessinés pour des scénaristes (dont l'un a remporté le prix de la meilleure BD chrétienne de l'année, je ne sais plus en quelle année, 2011 peut-être...). Je ne pourrais pas faire que dessiner et je ne pourrais pas faire qu'écrire. Les deux me sont indispensables. J'aime énormément les deux. Mais le moment que je préfère, c'est quand de nouvelles idées arrivent pour de nouvelles histoires, avant même que ce soit construit, c'est trouver des idées, ça m'enthousiasme beaucoup.

 

Qu’est ce qui fait selon toi une bonne histoire en bd ?

C'est difficile à dire... Il faut une bonne histoire tout court, une bonne idée qui soit bien développée... mais c'est quoi une bonne idée ? Ça peut être une idée simple qui ne soit pas très originale mais qui sera bien développée, bien exploitée, de manière à intéresser le lecteur, à le captiver, à lui donner envie de savoir ce qui va se passer, ce que les personnages vont devenir. Il faut du cœur, à mon goût, de l'émotion, un peu de surprises, des personnages touchants.

 

Et un bon dessin en bd ?

Là aussi, c'est un bon dessin tout court. Bien construit et vivant. Personnellement, je ne suis pas un très bon technicien du dessin, je fais toujours des erreurs de proportions, de perspectives, d'anatomie, etc, parfois je ne sais pas comment mettre un avant-plan ou un arrière-plan mais j'essaie de mettre de l'expression, de la vie dans le trait et les personnages. Le dessin c'est long et difficile, il faut être patient et beaucoup travailler sans se décourager. Le mieux est d'avoir une formation classique et de faire beaucoup de dessin d'observation du réel qui nous entoure (des objets, des rues, des gens, etc.). En BD, le dessin est au service de l'histoire à raconter, on ne fait pas des dessins pour eux-mêmes mais chaque case doit dire quelque chose, c'est un langage tout en étant une esthétique. 

 

 

Comment travailles-tu tes planches de bd ? Numérique ? Traditionnellement ?

En traditionnel. Papier, souvent du Arches 300gr grain fin, critérium avec mine 0,5 ou 0,7 pour le crayonné, plume Atome et encre de chine pour l'encrage, aquarelle pour la mise en couleur. Je ne connais pas les logiciels comme Photoshop. J'ai besoin de sentir gratter le papier, j'ai besoin de sentir l'eau, de tenir la feuille dans les mains...

 

Tu aimes partager ta foi aussi par la BD. En quoi est-elle importante pour toi ? 

Oui, j'aime bien parler de Dieu dans certains de mes livres. J'aime bien que mes personnages puissent prier par exemple et faire face à des situations en ayant conscience de Dieu mais sans savoir ce qui va se passer. En quoi la foi est-elle importante pour moi ? C'est difficile à dire, c'est comme si on demandait « en quoi la vie est-elle importante ? » La vie n'est pas dissociée de la foi pour moi et inversement. La foi, c'est la conscience de Dieu mais l'image qu'on se fait de Dieu est parfois fausse. 

 

T’aide-t-elle tout particulièrement dans ta vie, dans ton métier ?

Oui, la foi m'a beaucoup aidé à avoir confiance, à persévérer, à ne pas me décourager. Et à savoir que le plus important est ailleurs.

 

Qu’aimerais-tu dire à un enfant ou à un jeune qui aime dessiner et/ou raconter des histoires ?

De foncer ! Si tu aimes ça, vas-y, dessine le plus souvent possible, écris beaucoup, toutes sortes de choses, raconte des histoires, prend des notes sur tout ce qui t'inspire, c'est en faisant qu'on s'améliore. Ne dessine pas les personnages des BD ou des films mais dessine ce que tu vois autour de toi (des objets, des gens, des animaux, des maisons, des arbres), même si c'est difficile au début, avec le temps ce sera de mieux en mieux. Regarde comment les autres dessinateurs font les têtes, les yeux, les bouches, les nez, mais ne regarde pas qu'un seul style, regarde un peu tout, essaye différentes manières de faire et continue dans ce que tu aimes le plus, c'est là que tu deviendras bon. Regarde les peintures et les dessins classiques de l'Histoire de l'Art, c'est très important, c'est là qu'est la base. Si tu peux, prends des cours de dessin classique. Lis aussi beaucoup si tu veux écrire, lis de tout à commencer par les auteurs anciens, les romans classiques. On n'apprend pas à dessiner pour la BD, on apprend simplement à dessiner et ensuite on peut utiliser son savoir-faire pour la BD, l'illustration ou le design.

 

Et aux enfants en général ? Car, on a bien sûr tous des passions diverses ?

J'aimerais surtout leur dire qu'ils ont beaucoup de valeur, beaucoup d'importance et qu'ils sont très capable. Ils sont une merveille de la création. Si tu as un cerveau, tu as tout ce qu'il faut. Tu peux tout apprendre, tu peux progresser, tu peux réussir, quel que soit le domaine. Mais il faut du temps, donc de la patience, du travail, beaucoup de travail, donc de la persévérance. Si tu penses que tu ne sais pas, c'est que peut-être tu ne sais pas encore, mais tu peux apprendre et ensuite tu sauras. Moi, j'apprends encore et j'essaie encore de m'améliorer, tous les jours. Fais ce que tu aimes et si tu ne sais pas trop, essaie plein de choses différentes, avec le temps tu trouveras. Prends plaisir à ce que tu fais, amuse-toi et fais-le sérieusement.

 

Où trouves-tu l’inspiration ? Par exemple ici pour l’histoire du vieux pirate ? 

Tout peut m'inspirer, surtout mes lectures. Mais aussi ce que je vois, ce que j'entends, dans les médias ou dans la vie de tous les jours. Quand j'ai écrit la BD « Meilleurs Vœux » c'est que j'avais lu « Les mille et une nuits ». Pour « Le vieux pirate », je ne sais plus comment l'idée m'est venue. J'ai eu assez vite l'idée complète de l'histoire sans les détails que j'ai dû définir plus tard. 

 

D’ailleurs, dis-nous 2 ou 3 choses sur ce vieux pirate en cours de création, on a envie de savoir !

C'est l'histoire de Jessé, un garçon d'une dizaine d'années qui vit dans les Caraïbes avec ses parents vers 1700. C'est la grande époque des pirates et des colonies Outre-atlantique. Il y avait beaucoup de bateaux qui circulaient et ramenaient des richesses en Europe. Jessé rêve d'aventures, de voyages et des grands bateaux. Il veut en voir un de près et se voit kidnapper par une bande de pirates dirigée par le capitaine Barbe-Blanche. Le père de Jessé prie et part à sa recherche, il fera tout pour retrouver son fils. Il compte sur le Seigneur pour le guider, mais tout n'est pas toujours facile...

 

Ta plus belle récompense quand « le vieux pirate sera terminé ?

Que la BD plaise aux enfants, qu'ils aiment les personnages, l'histoire et les dessins. Que cela leur apporte peut-être un encouragement et une réflexion et qu'ils désirent lire une autre aventure de Jessé. 

 

 

Portrait chinois 

Si tu étais...

 

Une couleur ? Rouge.

Un animal ? Le renard.

Un personnage de Bd ? Popeye.

Une gourmandise ?  Du chocolat.

Un moment de la journée ? La soirée.

Une musique ? Du blues.

Un sport ? Le tennis.

Un héros (fictif ou réel) ? Captain America.

Une qualité ? La gentillesse.

Un défi ou un rêve ? Publier un grand roman.